Le 29 août, Patrick Pouyanné a réitéré l’engagement de TotalEnergies à plafonner les prix des carburants dans ses stations françaises. Mais une condition stricte subsiste : aucune taxation sur les superprofits. Pour les directeurs supply chain et les gestionnaires de flottes, l’enjeu est double : la stabilité des prix à la pompe et la visibilité budgétaire. Dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, la facture carburant pourrait bien s’alourdir. Analyse d’un dossier qui mêle stratégie d’entreprise, pression politique et réalités logistiques.
| Sommaire | Chiffre-clé du jour | À retenir |
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2,25 € / litre de gazole plafonné dans les stations TotalEnergies depuis mars | Le plafonnement survivra-t-il à la pression fiscale ? La réponse déterminera l’évolution des prix pour les mois à venir. Les entreprises de transport doivent anticiper plusieurs scénarios. |
Carburants : le coût croissant du plafonnement pour TotalEnergies
Depuis mars, TotalEnergies maintient un plafonnement des prix à la pompe dans l’hexagone. Le gazole est plafonné à 2,25 euros le litre, l’essence à 1,99 euro. Au 29 août, les prix moyens nationaux s’établissaient à 2,035 euros pour le SP95-E10, 2,219 euros pour le gazole et 2,129 euros pour le SP98, selon les données gouvernementales. L’écart entre le plafond et les prix réels représente un manque à gagner significatif pour le groupe.
Le coût de cette initiative est désormais estimé entre 250 et 300 millions d’euros, selon Patrick Pouyanné. Fin juin, ce montant était de 200 millions d’euros. L’augmentation des dépenses illustre la pression continue sur les marges du groupe. « J’avais dit 200 millions fin juin, là on doit être à 250-300 millions », a précisé le PDG, reconnaissant l’absence de chiffres exacts. Cette dérive budgétaire interroge directement la soutenabilité du dispositif à long terme.
Un gain de parts de marché mesurable
Ce dispositif a néanmoins permis à TotalEnergies de renforcer sa position commerciale. « Les Français viennent chez nous, il y a des queues. Nous avons 25 % du marché, alors que nous en avons 22 normalement », a expliqué Pouyanné. Une progression de trois points qui ne compense toutefois pas les pertes financières. « Ce n’est pas un bénéfice pour nous, car nous vendons l’essence moins chère que le prix international », a-t-il nuancé.
Cette stratégie de séduction des consommateurs a un coût direct, mais elle renforce la marque employeur et la présence territoriale du groupe. Dans un contexte de transition énergétique, maintenir ces volumes permet aussi de préserver la rentabilité des raffineries françaises, qui tournent à capacité réduite. Le calcul est donc plus complexe qu’une simple opération de communication.
Hausse des prix : une initiative isolée dans le secteur pétrolier mondial
Patrick Pouyanné souligne l’exceptionnalité de la démarche de TotalEnergies. « Une seule entreprise pétrolière au monde » a mis en place un tel plafonnement, a-t-il déclaré, ajoutant que « mes collègues pétroliers me regardent d’un drôle d’œil ». Cette singularité expose le groupe français à des critiques internes et externes, mais elle renforce sa légitimité auprès de l’opinion publique.
Le PDG assume cette stratégie, estimant qu’elle a renforcé « la sympathie des Français pour une entreprise » qui emploie 35 000 personnes en France. Une manière de rappeler le poids économique du groupe dans le tissu industriel national. Cette dimension sociale n’est pas neutre dans le débat public, surtout à l’approche de discussions budgétaires sensibles.
Pour les logisticiens, cette situation crée une forme de distorsion de concurrence : les transporteurs qui s’approvisionnent chez TotalEnergies bénéficient de prix plafonnés, tandis que d’autres subissent pleinement les variations du marché. Une disparité qui peut influencer les stratégies d’approvisionnement en carburant des flottes.
Un contexte géopolitique qui maintient la pression sur le coût du pétrole
Cette décision intervient alors que les automobilistes français ont vu leurs dépenses augmenter considérablement depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Bien que les prix aient temporairement baissé durant l’été, l’instabilité géopolitique a rapidement fait remonter les cours du pétrole à la rentrée. Les experts anticipent une inflation énergétique durable, avec des répercussions directes sur les coûts de transport.
- 🚛 Impact sur les flottes : une hausse de 5 centimes par litre représente environ 1 500 euros de charge annuelle supplémentaire pour un camion parcourant 100 000 km.
- 📦 Répercussions sur la logistique : les transporteurs répercutent généralement ces augmentations dans leurs tarifs, avec un décalage de quelques semaines.
- 📈 Consommation : les entreprises adaptent leurs itinéraires et optimisent leurs tournées pour réduire la facture carburant.
Prix du carburant : la taxation des superprofits au cœur des tensions
L’avertissement de Pouyanné intervient dans un climat politique tendu. Il critique les propositions économiques de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, soulignant une approche étatiste qui exclut l’entreprise de leurs programmes. « Quand j’écoute leurs programmes économiques, c’est inquiétant », a-t-il déclaré. La question de la taxation des superprofits reste centrale pour le PDG.
Un ultimatum aux décideurs politiques
« Je l’ai dit clairement : si une taxation est instaurée, nous en tirerons les conséquences et il n’y aura plus jamais de plafonnement chez TotalEnergies », a affirmé Pouyanné. Cet ultimatum place les responsables politiques face à un dilemme : privilégier une taxation exceptionnelle des bénéfices au risque de voir disparaître un dispositif bénéfique pour les automobilistes, ou accepter que les profits record échappent partiellement à l’impôt.
Interrogé sur une éventuelle exemption pour TotalEnergies en raison du plafonnement, il a répondu prudemment : « J’en sais rien, on verra. » Le PDG estime que le groupe devrait payer la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises prévue pour 2027. « On ne va pas y couper », a-t-il admis, ajoutant que la surtaxe représenterait probablement « plusieurs centaines de millions d’euros ».
Des bénéfices dopés par la crise géopolitique
Au deuxième trimestre, les bénéfices de TotalEnergies ont atteint 5,4 milliards de dollars, doublant par rapport à l’année précédente. Pouyanné attribue cette performance à la situation exceptionnelle créée par le conflit au Moyen-Orient et ses effets sur le détroit d’Ormuz. Il décrit une « déconnexion du marché du pétrole et des produits pétroliers ».
Dans le détroit d’Ormuz, « des producteurs ont des stocks pleins, prêts à vendre à bas prix », mais les difficultés logistiques augmentent les coûts : « Quand on fait entrer et sortir un pétrolier dans le détroit d’Ormuz, ça coûte environ 10 dollars du baril. » Cette prime de risque se répercute mécaniquement sur les prix à la pompe et sur les contrats de transport maritime.
Facture carburant : quel impact économique pour les entreprises de transport ?
Pour les directeurs supply chain, cette menace de suppression du plafonnement représente un facteur d’incertitude supplémentaire. La facture carburant représente généralement 30 à 40 % des charges d’exploitation d’un transporteur routier. Toute variation significative des prix à la pompe a donc un impact immédiat sur les marges et sur la compétitivité.
D’autres facteurs amplifient la situation : le manque de produits issus des raffineries du Moyen-Orient, l’impact persistant de la guerre en Ukraine sur la production russe, une tension sur les produits raffinés malgré une baisse des prix du pétrole brut, et des coûts d’assurance et de transport maritime en hausse. Le patron de TotalEnergies avait déjà alerté sur la hausse des coûts du fret à Ormuz, soulignant l’impact sur toute la chaîne logistique.
💡 Bon à savoir : les contrats de transport incluent souvent une clause d’ajustement automatique des prix en fonction de l’indice gazole professionnel. Les entreprises doivent donc surveiller ces indicateurs pour négocier efficacement avec leurs prestataires.
Anticiper les scénarios pour stabiliser l’impact économique
Face à cette incertitude, les professionnels de la logistique doivent envisager plusieurs scénarios. Une suppression du plafonnement entraînerait une hausse immédiate des prix dans les stations TotalEnergies, mais aussi une pression haussière sur l’ensemble du réseau. Les transporteurs qui optimisent déjà leurs tournées devront peut-être aller plus loin dans la mutualisation des flux et l’adoption de carburants alternatifs.
La consommation de carburant reste le premier levier d’action pour réduire la facture. L’éco-conduite, la formation des conducteurs et l’utilisation de systèmes d’aide à la conduite peuvent générer des économies de 5 à 10 %. Des gains non négligeables dans un contexte de hausse des prix.
Le dilemme politique reste entier : les réponses à ces questions définiront la politique énergétique française pour les années à venir. Pour les logisticiens, l’heure est à la prudence et à la préparation. La seule certitude est que la volatilité des prix du carburant est devenue une variable structurelle de la supply chain moderne. Une réalité que les décideurs devront intégrer dans leurs plans de continuité d’activité et leurs stratégies d’achat.

Diplômée d’une école de journalisme parisienne et d’un master en logistique internationale, elle a couvert dix ans la supply chain, le transport routier et l’entrepôt pour des médias professionnels français et belges avant de cofonder ce briefing indépendant.